« Plaisir de jouer : une réalité chez les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer »

Une étude de l’Institut du Bien Vieillir Korian montre les bienfaits du jeu pour le bien-être des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer (et maladies apparentées)

Publié le 02 février 2015
« Plaisir de jouer : une réalité chez les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer »

Zoom sur une étude très intéressante et originale réalisée par quatre partenaires :

  • l'Institut du Bien Vieillir Korian
  • le FM2J, Centre national de Formation aux Métiers du Jeu et du Jouet
  • le Ludopole de Lyon
  • le Centre de Recherche Clinique de l'Hôpital des Charpennes (CRC Vieillissement-Cerveau-Fragilité).

Cette étude est une première, à bien des égards, et vise à analyser et évaluer l'efficacité du jeu dans la prise en charge de la maladie d'Alzheimer en établissement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD).

Si l'on s'intéresse aux travaux de recherche dans le domaine de la maladie d'Alzheimer (et maladies apparentées), on constate que les efforts se portent majoritairement sur des traitements de type médicamenteux. La méthodologie d'évaluation de l'efficacité du traitement est alors « relativement simple ». On évalue les bénéfices d'un nouveau traitement en comparant deux cohortes de patients recevant toutes les deux, dans les mêmes conditions, soit le nouveau traitement, soit un placébo.

Les études et recherches se focalisant sur l'amélioration au quotidien du bien-être des personnes atteintes de ces maladies sont plus rares. Or des changements dans l'accompagnement ou l'environnement dans lequel les patients évoluent, sont des composantes fondamentales qui peuvent interagir de manière très importante sur le patient et son bien-être.

Dans les années 2000, on a vu se multiplier les espaces SNOEZELEN dans les EHPAD. Outre l'investissement non négligeable et nécessaire dans du matériel adapté, il s'avère également nécessaire de former les personnels qui vont accompagner les patients dans leur découverte de cet univers susceptible de stimuler leurs sens. Or, avec le turnover du personnel, la compétence dans la gestion de ces espaces a tendance à disparaître et on constate souvent un abandon de ces espaces au fil du temps.

L'originalité des travaux de recherche de l'Institut du Bien Vieillir Korian, et de ses partenaires, réside dans des caractéristiques très intéressantes :

  • l'investissement en matériel est relativement limité
  • les efforts de formations sont accessibles et peuvent être déployés rapidement
  • l'application ne se limite pas aux seuls patients qui résident en EHPAD, la méthode étant également applicable par les aidants, professionnels et familiaux, au domicile d'une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer.

Alors de quoi s'agit-il ?

Une idée simple, comme souvent le sont les bonnes idées ! Redonner de la liberté au patient en l'immergeant dans un environnement doté de jeux auxquels il pourra prendre l'initiative de jouer ou de ne pas jouer.

Un petit exercice réalisé lors de la conférence de presse par l'ensemble des personnes présentes, nous a permis de prendre conscience à quel point, dans un jeu dont on limite le temps d'exécution, des sensations diverses peuvent s'entremêler comme l'angoisse de ne pas y arriver, le stress de réussir et d'être le meilleur, et ... le plaisir associé à cette séquence ludique qui nous fait oublier les tracas du quotidien.

Une fois la règle du jeu assimilée, on se concentre sur l'objectif de réussite, source de plaisir.

Dès lors se pose la question du « comment faire entrer le jeu dans l'univers de la maladie d'Alzheimer ? ».

La vie est souvent comparée à une roue qui tourne, on pourrait dire qu'il en est de même pour la recherche et l'innovation.

Les jeux font partie du quotidien de l'enfant dont on essaie de stimuler et développer les sens. Le jeu fait également régulièrement ses preuves dans l'univers du Handicap. L'association des Clowns à l'hôpital démontre chaque jour combien le jeu peut réussir à apaiser des personnes en souffrance. De nombreux résultats sont obtenus également dans le domaine de l'autisme. Les malades d'Alzheimer peuvent, eux aussi, puiser, dans l'univers du jeu, des sensations de plaisir et de bien-être. La séquence d'un jeu de construction, dont la règle est déjà assimilée, va leur permettre de libérer les tensions et de s'apaiser.

Le projet de recherche et la méthodologie

54 résidents de 6 EHPAD ont ainsi été inclus dans l'étude et ont suivi deux séances de jeux par semaine pendant quatre mois. Les résultats ont été mesurés grâce à des échelles de référence pour mesurer les troubles du comportement . Des critères de jugement secondaires ont également été mis en place avec, notamment, l'échelle d'EValuation Instantanée du Bien-Être EVIBE(1), ainsi que différents critères d'observation des résidents mesurant notamment les interactions sociales.

Sur le groupe expérimental, les séances de jeu ont été conduites selon le concept du cadre ludique. Une réflexion sur le choix des jeux, l'aménagement de l'espace et la posture du professionnel a permis de proposer une espace d'autonomie et de liberté aux résidents durant les séances.

Quels résultats ?

Les résultats de cette étude ont clairement démontré que :

  • Le bien-être du résident évolue positivement suite à une séance de jeu,
  • Le cadre ludique permet de diminuer, durant la séance de jeu, les troubles du comportement des résidents de façon plus significative qu'une séance de jeu traditionnelle,
  • Le cadre ludique permet d'augmenter les interactions sociales des malades de façon plus importante qu'une séance de jeu traditionnel,
  • Le cadre ludique est jugé plus adapté par les professionnels d'EHPAD qu'une séance de jeu traditionnel.

Un jeu à trois !

En fait la réussite du dispositif repose sur trois piliers à même d'apporter un équilibre :

  • L'environnement qui doit être configuré pour favoriser le choix des activités (chaises, tables, implantation des différents jeux).
  • Un ensemble de jeux sélectionnés afin que le patient puisse se les approprier avec peu ou pas d'assistance (assimilation facile ou acquise des règles).
  • Les aidants et / ou accompagnants qui doivent apprendre à « prendre de la distance » et ne pas être trop directifs afin de favoriser une liberté source de plaisir pour le malade.

Loin de la technologie et des « séances de musculation neuronale » !

Cette approche coïncide avec un retour des parents vers les jeux traditionnels en bois, tentant d'échapper à la « tyrannie du tout Digital et à l'univers des consoles de jeux ».
Des projets de recherche proposent des approches s'appuyant sur des tablettes équipées de logiciels sensés stimuler les capacités cognitives d'une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer. Pour imager le concept, en remplaçant les neurones par les muscles : tenter d'inscrire contre son grè une personne dans une salle de musculation ; le plaisir ne sera pas au rendez-vous et la méthode risque d'être vouée à l'échec !

Des travaux de recherche au déploiement ?

Le grand intérêt de ce projet est qu'il peut facilement être déployé et que les outils existent et sont « industrialisés » : le tandem FM2J / Ludopole dispose à la fois des formations et formateurs capables de transmettre la méthode tout en proposant la location des jeux.

La location pourrait même être considérée comme thérapeuthique car elle permet d'avoir une rotation régulière des jeux et d'éviter l'usure de la méthode induite par la lassitude d'utiliser toujours les mêmes jeux.

Les établissements du groupe Korian ont pu constater le gain à la fois pour les résidents et les équipes soignantes.

Parole d'expert :

Cédric Gueyraud, responsable du Centre national de Formation aux Métiers du Jeu et du Jouet nous rappelle que « l'utilisation du cadre ludique comme intervention non médicamenteuse dans les troubles du comportement, contrairement aux idées reçues, réhabilite la personne âgée malade, lui permet de maîtriser à nouveau son environnement et de se réapproprier une liberté de choix ».

Zoom sur l'Institut du Bien Vieillir Korian

Créé à l'initiative de Korian, leader européen du Bien Vieillir, l'Institut du Bien Vieillir s'est fixé une double mission : créer une prise de conscience collective auprès de l'opinion publique quant à la réalité de l'avancée en âge et renforcer les connaissances sur les enjeux de l'avancée en âge et du Bien Vieillir, au service de l'intérêt général. En réunissant des médecins, des professionnels du grand âge, mais aussi des sociologues, des journalistes, des designers, des responsables du monde associatif, l'Institut du Bien Vieillir Korian mène des études sociétales et des recherches appliquées dans le but d'apporter des solutions spécifiques aux personnes âgées, à leur entourage et aux professionnels, tout en explorant la notion du bonheur de vieillir.

http://www.institutdubienvieillirkorian.org

Zoom sur le FM2J

FM2J (centre national de Formation aux Métiers du Jeu et du Jouet) forme tous les professionnels qui utilisent le jeu dans leur activité. Leur pôle d'expertise leur permet de développer des recherches visant à valoriser la place et l'intérêt du jeu dans notre société.

www.fm2j.com

Zoom sur le Ludopole

Le Ludopole est le premier cluster Européen du Jeu et du Jouet, situé à Lyon, regroupant des acteurs complémentaires œuvrant pour la reconnaissance du jeu comme pratique éducative, culturelle et sociale.

http://www.ludopole.com

(1) http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/NPI-ES.pdf







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